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Une façon de « voir » les choses

Scruffy the Degenerate et la musique : une osmose évidente

Limmie Snell, alias Scruffy the Degenerate, est un artiste complet. Dès son plus jeune âge, la musique l’attire. À quatorze ans, il s’achète son premier instrument : une basse électrique. C’est ainsi qu’il s’est lancé et que se sont enchaînés ses débuts sur scène...

Un parcours du combattant

Scruffy est né à Londres, d’un père noir américain et d’une mère métisse originaire de Trinidad et d’Irlande. Il étudie en France la production et la manipulation du son, puis il retourne à Londres pour finir ses études et chercher du travail. En France, dans les années 90, une forte stigmatisation des Noirs se fait ressentir, c’est pourquoi il décide de tenter sa chance en Angleterre, conscient d’y avoir plus d’opportunités. En 2005 il devient aveugle, suite à une chute de plusieurs étages, alors qu’il n’a que vingt-sept ans...

Il apprend le braille, et, à son retour en France, il fait une formation à l’UNADEV, au Cap emploi, dans l’objectif d’une réinsertion professionnelle. Il confie que cette expérience lui a permis de briser la glace entre son handicap et lui-même. Il a découvert des infrastructures adaptées pour non-voyants, et surtout, retrouvé confiance en lui. Il s’est décomplexé en rencontrant des personnes qui vivent avec le même handicap. Scruffy, musicien dans l’âme, a également appris le braille musical, déterminé à ne pas couper les ponts avec sa passion.

Son nom de scène signifie « malpropre dégénéré » ...

Limmie n’a fait que garder le surnom qu’on lui donnait dans son enfance. On peut trouver sur www.myspace.com/scruffydegenerate l’appellation de « Scruffy demina » qui est son entité virtuelle sur le jeu « Second life », un personnage qui aime raconter des histoires… Un poète virtuel en quelque sorte… Si vous avez envie de le voir sur scène, préparez-vous car il se fait rare. Les séquelles physiques de son accident le contraignent à faire très peu de scènes. Il doit éviter le stress. Cette année, il n’a pas fait plus de six représentations, pour ne pas se mettre la pression. Il projette tout de même l’an prochain de donner quelques concerts en Espagne, pour changer d’horizon, trouver une ambiance plus festive, tout simplement pour « voir » autre chose...

Un artiste hors normes

À travers ses chansons, il souhaite transmettre des ondes positives. Il fait en sorte que ses compositions soient agréables à écouter, que le son ne soit pas agressif, mais doux « comme du cachemire », précise-t-il. Sa musique va à contre-courant de la tendance. Alors que la mode se porte sur la musique électronique, il privilégie les instruments réels, entre autres exemples.

Un passionné de musique
Scruffy sur scène

Il aime tous les genres. Son parcours en atteste : il a joué avec des groupes de hip hop anglais, de rock allemand, de jazz israélien. Il travaille autant sur la forme que sur le fond. C’est dans cette optique qu’il a réalisé des enregistrements d’une qualité moins élaborée, pour que ses auditeurs prêtent plus attention au texte. Son désir : plaire et exprimer. Il essaie de faire une musique transparente, de ne pas influencer. Il veut laisser l’opportunité au public d’écouter ou de ne pas écouter les idées, qui peuvent être interprétées de façon superficielle ou plus profonde, à la guise de chacun. Cela fait de lui un artiste authentique, souhaitant par dessus tout détourner le côté manipulateur de la musique.

Pour lui, la musique n’est pas seulement une passion ou un travail. Elle représente bien plus que cela : « Une manifestation de l’énergie naturelle qui peut servir de lien entre les individus et soi-même. »

Sa lutte

Mis à part quelques cas de grands artistes non-voyants comme Ray Charles ou Steevie Wonder, Limmie Snell dénonce « la très grande stigmatisation des industries créatives » concernant les aveugles, cette injustice d’être perçus comme des sujets et non comme des artistes. Une barrière s’est installée. Il y a des handicapés qui ont envie d’évoluer dans le milieu artistique, quelle que soit la nature de leur handicap, et qui n’oseront pas. Limmie dénonce cette injustice haut et fort : « Tous ont accès aux arts créatifs ! ».

Scruffy the Degenerate est un artiste exceptionnel… Non-voyant et pourtant... Sa formation à l’UNADEV lui a « ouvert les yeux ». Il a pris conscience du fait qu’il n’était pas seul face à ses difficultés, et qu’il n’était pas si différent des personnes voyantes. Il nous transmet le message suivant : « Dans la vie, tout est question d’envie ! On peut faire ce que l’on veut avec de la volonté. Il suffit de faire marcher ses désirs.». À méditer...

Scruffy the Degenerate c’est :

quatre familles d’instruments :
  • batterie et percussions
  • guitare sèche et guitare électrique
  • basse électrique et contre-basse
  • claviers (synthétiseur, boîte à rythme...)
un style :
  • musique alternative
  • new jazz
des influences provenant de :
  • Prince
  • Fishbone
  • Static X
  • Alan Holdsworth
  • Danny Rampling
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