Enfant-aveugle.com
Une association sur la Toile !
Le site Internet enfant-aveugle.com a pour vocation de faciliter l’accès aux jeux et aux loisirs, par un système de mise en commun d’idées, d’astuces et de bonnes adresses. Créé en 2002, il compte aujourd’hui plus de 100 000 visiteurs et près de 400 membres dans plusieurs pays francophones. Christine Hénault, Présidente de l’association et conceptrice du site, a accepté de répondre à nos questions.
Vous êtes maman de trois enfants, dont Clément, âgé de sept ans et aveugle. Votre expérience personnelle a-t-elle été à l’origine de votre démarche ?
En 2002, lorsque Clément a perdu la vue à la suite d’une méningite, il ne savait plus comment jouer et les journées étaient longues. Nous avions un soutien médical, psychologique, et administratif, mais rien n’était prévu pour nous apprendre à nous occuper nous-mêmes de notre enfant. J’ai cherché à rencontrer d’autres parents, des adultes aveugles, des personnes qui partageraient leur expérience avec des conseils concrets et utiles au quotidien. J’ai trouvé un groupe de discussion américain sur Internet et j’ai rapidement créé l’équivalent français. Ainsi sont nés le site enfant-aveugle.com, puis l’association.
Le site Internet repose sur un système de communauté. Pouvez-vous nous éclairer sur ce fonctionnement ?
L’adhésion à l’association est gratuite, mais le suivi du groupe est rigoureux. Pour devenir membre, il est obligatoire d’être confronté à l’éducation d’un enfant aveugle ou d’avoir un service concret à apporter. Pour favoriser le lien, nous disposons d’un annuaire interne comprenant la liste des membres et une brève présentation de chacun d’eux.
Je bénéficie également d’un logiciel de gestion de site, qui permet aux membres qui le souhaitent de prendre en charge une rubrique. Ils peuvent facilement créer leurs pages et me les soumettre pour publication. Chacun apporte sa contribution. Isabelle, ergothérapeute, est en charge du « coin des professionnels ». Valérie et Aline gèrent des rubriques sur le double handicap : cécité et autisme, cécité et surdité. D’autres envoient ponctuellement des photos de leurs jeux adaptés, des bons plans pour les vacances ou les loisirs. Nous comptons aussi quelques « ténors », des personnes très actives, toujours prêtes à accueillir les nouveaux arrivants, à renseigner et à aider.
Le groupe de discussion est un formidable moyen d’échanger, de se faire de nouveaux amis et même de rompre la solitude. Je crois que nous répondons à un réel besoin à la fois de communication et d’information.
Organisez-vous des moments de rencontre pour les familles et les enfants ?
Le siège de l’association est à mon domicile, en région parisienne. Une pièce entière, appelée la « ludothèque », est consacrée aux jeux. J’ai décidé d’y proposer régulièrement des après-midi ludiques.
Nous profitons également d’opportunités locales pour animer des ateliers d’initiation au braille dans les écoles, les centres de loisirs ou les manifestations municipales. L’objectif est de sensibiliser le public à cet alphabet tactile, de multiplier les contacts et les activités entre enfants voyants et enfants non-voyants. On tente ainsi de lever les craintes et de favoriser l’accueil des enfants aveugles dans les structures scolaires et associatives.
L’Association Enfant Aveugle vit-elle uniquement grâce aux dons ?
Le principal « carburant » de l’association est avant tout le temps passé bénévolement par ses membres. Cependant, nous avons besoin de dons pour certains postes budgétaires comme l’hébergement du site et le matériel pour les ateliers. Au départ, le financement était entièrement personnel : le gain en termes de développement et d’épanouissement pour mon fils compensait largement les dépenses générées.
Aujourd’hui nous commençons à recevoir quelques dons spontanés, essentiellement de la part des écoles qui organisent des fêtes et nous reversent leurs recettes. Le site Internet comprend une page de don en ligne, mais elle n’a pas généré un seul don jusqu’à maintenant !
Afin d’obtenir des subventions, nous nous organisons actuellement pour gérer les comptes, les réunions, les rapports d’activité et entreprendre les démarches administratives.
Quel développement envisagez-vous pour l’association ?
Nous souhaitons formaliser le principe des animations braille et jeux pour qu’il soit repris dans d’autres villes. Nous envisageons aussi de développer des rencontres autour de jeux de société dans d’autres lieux, comme les foyers universitaires ou les cafés. L’objectif serait de sensibiliser les jeunes pour qu’ils perpétuent ces rencontres en dehors de toute structure.
Une bibliothèque de livres ludiques en braille est sur le point d’être constituée : elle rassemblera tous les ouvrages de charades, de devinettes, de blagues et d’énigmes que nous avons confectionnés nous-mêmes.
Même si nous nous rendons compte que certaines familles préféreraient trouver des jeux adaptés dans le commerce, nous n’avons pas réellement envie de nous engager dans cette voie. La vocation première de l’association est de mettre en commun nos expériences pour que familles et professionnels adaptent eux-mêmes les supports. C’est une aventure formidable : inventer des jeux de société adaptés, tactiles, sonores, concevoir des supports d’apprentissage ludiques et séduisants, imaginer des jeux pour animer un anniversaire, trouver des idées pour qu’enfants aveugles et voyants s’amusent ensemble… Nous préférons étoffer notre petite ludothèque, et voir de plus en plus de personnes prendre rendez-vous pour venir la visiter...
Camille GILLOT
Crédit Photo : Christine Hénault
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