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Une vie de chien

J’aime ma vie, mon travail, ma famille. Seule ombre au tableau, une dure séparation vécue il y a 6 ans.

Mon enfance fut très heureuse, remplie de tendresse, d’affection, de moments de complicité. À 2 mois, je fus éloigné de ma mère dont j’avoue ne pas me souvenir. Je fus ensuite placé dans une famille d’accueil très sympathique, les Mercier. Certes ils furent sévères en matière d’éducation mais ils m’apportèrent tout l’amour dont j’avais besoin. Un beau jour, vers l’âge d’un an, je fus brutalement séparé d’eux afin de suivre mon école à temps plein.

Un non-voyant et son fidèle chien guide

J’étais en internat. Heureusement, j’avais quelques amis rencontrés lors de stages. Ils m’aidèrent à penser à autre chose. Au bout d’un certain temps, la blessure se referma et je m’épanouissais dans la découverte de mon futur job. Le rythme était soutenu, les professeurs exigeants, le travail intensif, mais je m’y plaisais, malgré la fatigue et l’obligation de suivre tous ces ordres continuellement. Assis, debout, couché, rapporte !

Et de nouveau, je dus quitter mon foyer, mes amis. Cette fois, c’était pour une mutation. On me proposa un poste à Pau dans les Pyrénées Atlantiques. Je ne connaissais pas cette région mais j’étais enthousiaste. Bien vite, je m’y suis senti chez moi. Georges, mon patron, était un homme bien, gentil, aimable et affectueux. Il me considéra vite comme faisant partie de la famille. Je n’avais pas de chambre à moi mais un lit douillet et des jouets en pagaille. Ma mission était, et est toujours d’ailleurs, de rendre plus simple la vie de Georges. Je lui apporte toutes sortes d’objets qui lui sont utiles et qu’il a du mal à atteindre, mais, avant tout, je l’aide à se déplacer. Portes, escaliers, obstacles ne doivent pas m’échapper du regard. Je dois guider Georges tous les jours, que ce soit dans la rue ou dans un magasin. Il compte sur moi et me fait confiance alors je dois rester concentré pour l’aider du mieux que je peux, pas comme tous ces chiens qui font les « foufous » quand ils se promènent ! J’aimerais des fois courir un peu trop vite, zigzaguer dans la rue, sentir chaque coin et recoin d’un trottoir, m’arrêter discuter avec un ami… Quant à ma vie sentimentale, c’est le calme plat, le désert comme on dit. Je ne peux rencontrer personne vu mes horaires de travail. Cela m’attriste lorsque je pense que je n’aurai jamais d’enfants. J’aimerais tellement avoir une petite famille, quelqu’un à qui me confier...

Parfois, je suis fatigué. Je me dis que j’aimerais ne rien faire, le temps d’une journée ou d’une vie... Quand j’observe la vie de mes voisins, je suis jaloux. Celle-ci se réduit à manger, dormir, jouer, de temps en temps apporter le journal à leur patron, rien de bien fatiguant ! Au fond de moi, je sais que ma vie est peut-être plus difficile que la leur, cependant, elle ne sert pas à rien. Je fais quelque chose d’utile : j’aide un humain à vivre correctement, à être indépendant, et le fait de voir Georges épanoui et heureux suffit à me motiver.

Caroline Houitte