Le 7ème Art s’empare de la cécité
Les films sur la cécité sont suffisamment rares pour que l’on n’oublie pas d’en parler. Au mois de février est sorti un long métrage du réalisateur slovaque Juraj Lehotsky, Blind Loves. Quatre portraits de personnes aveugles de naissance qui nous font partager leur intimité et leurs histoires amoureuses.
Un sujet audacieux
Chaque mois, dans le magazine de l’UNADEV, nous nous efforçons de donner des informations concrètes, comment aider, améliorer le quotidien des personnes privées de la vue à travers des innovations technologiques. Nous sommes émerveillés par les progrès techniques qui leur rendent la vie plus agréable. Mais combien d’entre nous se sont déjà interrogés sur les relations amoureuses des non-voyants ? Juraj Lehotsky s’est penché sur le sujet avec justesse et pudeur.
Le cinéaste se confie sur son choix de traiter un thème si délicat : «C’est une discussion avec une jeune fille aveugle qui a tout déclenché. Nous nous sommes rencontrés sur le tournage d’une publicité caritative que je réalisais. Un jour, elle me raconte qu’il y a, dans son école, un garçon auquel elle ne cesse de penser. Elle l’a croisé dans un couloir, a respiré son parfum et a senti que quelque chose de spécial se produisait en elle. À partir du moment où elle m’a fait part de cette histoire, je me suis dit que ce thème pouvait être intéressant à développer au cinéma.»
Le défi du documentariste
Comment traduire à l’écran l’amour, la confiance, les sentiments d’êtres humains « différents » ? Comment pousser cette expérience encore plus loin lorsqu’il s’agit d’hommes et de femmes non-voyants ? En minimisant les dialogues, en faisant confiance à des acteurs sensibles et expressifs, en filmant des moments de vie criants de vérité et d’émotion. Tout simplement.
En évitant soigneusement le pathos de rigueur lorsqu’on aborde le sujet du handicap, Juraj Lehotsky privilégie poésie et délicatesse pour nous faire pénétrer dans le monde des aveugles. Nous observons minutieusement l’idée qu’ils se font de l’amour, leurs quêtes, leurs désillusions, tout comme nous. Une similarité qui nous ferait presque oublier le handicap, relégué ici au rang de détail.
Blind Loves nous offre au travers des personnages de Peter, Susanne, Miro et Elena, quatre portraits touchants, quatre histoires autour de l’amour, quatre découvertes de l’éveil des sens de ces non-voyants en quête du bonheur.
Suzy Couchot
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