L’envol de Julia
Prendre l’avion, je n’y avais jamais pensé auparavant... Ma cousine me propose de passer quelques semaines dans sa résidence secondaire à Barcelone. Une invitation pareille, ça ne se refuse pas, même lorsqu’on est aveugle...
Paris - Barcelone, 1h 40mn de vol : un trajet ordinaire pour les gens ordinaires, une situation exceptionnelle pour moi. À 24 ans, j’ai très peu voyagé. J’ai parfois pris le train, mais toujours accompagnée d’un proche. Cette fois, je vais devoir me débrouiller seule. J’ai contacté la compagnie aérienne et son service d’assistance aux passagers à mobilité réduite. J’ai pu réserver mon billet par téléphone et on m’a garanti un accueil personnalisé à l’aéroport ainsi qu’un accès facilité à l’avion. Ma chienne labrador, Louna, est acceptée à bord. Tout n’est pas aussi compliqué que je le pensais...
Quelques semaines plus tard. C’est le grand jour. Je suis à la fois très excitée à l’idée de vivre cette nouvelle expérience, et très inquiète. Dans le taxi qui me conduit à l’aéroport d’Orly, l’angoisse commence à se faire sentir, pour moi comme pour Louna. Le chauffeur me dépose près du hall de départ et me souhaite un bon voyage. Soudain Louna m’entraîne à l’intérieur. J’entends les portes automatiques s’ouvrir. Un immense brouhaha me saisit dès l’entrée dans les lieux, le moindre bruit résonne. Autour de moi, les gens filent à toute allure en me frôlant. Toute cette agitation m’étourdit. L’annonce du haut-parleur me fait sursauter. Je suis complètement perdue et Louna semble tout aussi désorientée. Quelqu’un s’approche alors de moi et me dit d’une voix douce : « Bonjour, Mademoiselle... Je suis Hélène, de la compagnie aérienne. Je suis chargée de vous accompagner jusqu’à votre embarquement à bord. Vous allez bien ? » Je suis rassurée et enchantée par la gentillesse de l’hôtesse. Elle prend mon bagage et se charge de l’enregistrement.
On m’invite à monter à bord de l’avion avant les autres passagers. Instinctivement, Louna se pose sous mon siège. Selon les consignes, elle doit être attachée avec sa laisse à la structure du fauteuil, ce qui ne semble pas la déranger. Nous sommes confortablement installées. Le silence règne à l’intérieur de l’appareil encore vide. Je découvre l’environnement : je touche le tissu du siège, la ceinture de sécurité, la tablette située devant moi, et le petit hublot à ma gauche.
Petit à petit, j’entends les passagers arriver et s’installer. Tout le monde est agité. Chacun cherche sa place. Des enfants se font réprimander par leurs parents, un nouveau-né pleure à s’en décoller les poumons. Il faut un bon quart d’heure avant que tout rentre dans l’ordre. L’avion se met à rouler. La voix du pilote résonne dans le haut-parleur : nous allons bientôt décoller. Ma cousine m’a conseillé de mâcher un chewing-gum pour ne pas avoir mal aux oreilles. L’avion prend de la vitesse. Je sens mon corps s’enfoncer dans le fauteuil. Je mâche mon chewing-gum un peu plus fort, un peu plus vite. Louna aussi se demande ce qui se passe, elle essaie de se lever, mais je lui ordonne de rester tranquille. Je sens les roues de l’avion quitter le sol... Nous volons !
Camille GILLOT



