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L'INFORMATION, sous-menu :

Portrait : Jean-Pierre ABADIE

« L’enseignement n’est qu’une partie de l’éducation »

Jean-Pierre Abadie, aveugle de naissance, professeur d’espagnol dans un lycée public, envisage de devenir proviseur, projet qui implique une préparation spécifique et un concours à passer. Itinéraire d’un jeune prof dynamique, porté par l’amour de son métier, par l’urgence de la question de l’éducation, jamais effrayé par les étapes à franchir, grâce à une détermination sans faille... et aux aides dont il a bénéficié, et qui continuent de l’accompagner, pour aller toujours plus loin.

Quel a été votre itinéraire de formation ?

J’ai été scolarisé jusqu’au CM1 au centre Alfred Peyrelongue, à Ambarès en Gironde. Encadré par des enseignants spécialisés pour les enfants aveugles, j’ai appris à lire, écrire, et compter en braille. Je suis ensuite passé dans le secteur banalisé, école primaire, collège et lycée. J’ai obtenu mon bac option International en espagnol au lycée François Magendie de Bordeaux. J’ai fait ensuite une prépa littéraire, hypokhâgne et khâgne, au lycée Camille Jullian de Bordeaux. Une fois de plus je remercie mes enseignants, mes camarades et ma famille pour le soutien qu’ils m’ont apporté.

Avez-vous bénéficié d’une aide particulière ?

Dès le CM2, j’ai bénéficié d’un suivi avec transcription en braille des documents ainsi que du matériel informatique pour restituer mes devoirs. J’ai commencé à communiquer avec le monde des voyants à l’âge de douze ans : j’ai appris à dactylographier sur une vieille machine à écrire. Bien sûr j’avais la fameuse plaquette braille. Ensuite je suis passé à la machine Perkins qui m’a permis d’écrire en braille. Mais c’était une machine bruyante et cela dérangeait les collégiens. Les enseignants ont essayé de satisfaire mon confort et celui des autres ; je suis donc passé à des machines assez complexes, souvent encombrantes et lourdes. Ensuite j’ai eu la chance de suivre l’évolution de la technologie et de travailler sur des ordinateurs de plus en plus performants et de moins en moins encombrants, tout en gardant la plage braille et la synthèse vocale. Tout cela grâce à des institutions qui aident les non-voyants, telles que la GFIP, le Lions’Club et l’UNADEV, qui m’a toujours aidé.

Si je comprends bien, dans votre cas, il y a eu des compléments de financement.

Oui, nous avons toujours besoin de financement. Le gros problème pour les non-voyants c’est que le coût du matériel est très élevé. La plupart des familles touchées par ce handicap sont des familles modestes.

J’ai fait ensuite une licence d’espagnol à l’Université Bordeaux 3, puis une maîtrise avec le programme européen Erasmus. Je suis parti un an à Madrid. J’ai été accueilli dans une résidence universitaire avec des Espagnols afin de m’immerger complètement dans la langue et dans la vie quotidienne. Tout s’est très bien passé, sur le plan universitaire, avec les professeurs espagnols et français. J’ai beaucoup apprécié cette expérience qui m’a donné l’assise nécessaire pour affronter la suite de mes études. Après cela j’ai passé le CAPES, puis j’ai fait un DEA.

Vous devenez professeur certifié, puis vous allez enseigner au lycée public de Gourdon, dans le Lot-et-Garonne. Pouvez-vous nous parler de votre expérience d’enseignant ?

C’est un immense plaisir de travailler au service de l’État ; c’est une façon de renvoyer l’ascenseur pour les aides dont j’ai pu bénéficier. Je travaille avec une assistante qui gère la partie discipline et la partie visuelle (écrire au tableau, corriger les copies). Les élèves ont très bien intégré le fait d’étudier avec deux adultes et un chien guide. Parfois j’aimerais qu’ils soient un peu plus attentifs...

Vous pensez que cette attitude vous est réservée ?

Absolument pas. Ils ont la même attitude avec les autres enseignants. Ils oublient le handicap et ne voient que le professeur.

Vous êtes professeur, puis l’envie vous vient de changer de métier. Vous êtes candidat à un poste d’encadrement ?

Ce n’est pas tout à fait changer de métier. Sur les plans statutaire et administratif, on peut dire cela ; mais pour moi l’enseignement n’est qu’une partie de l’éducation. Je souhaite préparer le concours pour devenir proviseur adjoint ou principal adjoint. Je le passe aussi par curiosité. Cela fait maintenant plusieurs années que je suis élu au conseil d’administration de mon établissement ; la partie administrative et le projet de l’école m’intéressent beaucoup, tout cela œuvre pour l’intérêt de l’élève, de son orientation.

Il faut considérer que les élèves passent les trois quarts de leur vie à l’école. La cellule familiale est souvent défaillante, en raison de problèmes sociaux, économiques, et parfois de santé. La deuxième cellule, c’est l’école : il est très important que l’élève soit bien dans son lieu de travail. Si je deviens proviseur adjoint, il me semble que j’aurai beaucoup d’idées à amener à mes collègues, aux surveillants...

Connaît-on à ce jour, un non-voyant qui occupe des fonctions administratives de ce type ?

Je l’ignore. Je sais qu’il existe une personne malvoyante principal de collège, mais pour un non-voyant je n’ai aucune information. J’ai rencontré l’Inspecteur d’Académie, l’Assistante Sociale Générale du Rectorat de Toulouse, un principal adjoint malvoyant et, bien sûr, mon Proviseur ! Tous m’ont encouragé dans la démarche. L’écrit du concours aura lieu en janvier 2010, et, si je suis admissible, l’oral suivra en avril.

Merci de nous avons reçus. Nous ne manquerons pas de tenir nos lecteurs au courant de vos résultats. En attendant nous vous souhaitons une bonne préparation.

Merci.

Propos recueillis par Thomas Pascaud

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