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L'INFORMATION, sous-menu :

En danger

Julie marcha et marcha encore. Elle avait froid. Le vent soufflait autour d’elle. Elle ne voyait rien mais elle entendit quelque chose de nouveau. Des pas juste derrière elle. Julie s’arrêta. Se retournant, elle entendit une respiration rauque. Une odeur aigre de sueur et d’alcool lui monta aux narines. « Bonjour, petite », dit une voix emplie de cruauté. C’était un homme. Au ton de sa voix et à son sourire, Julie sentit qu’il lui voulait du mal. « Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ? » L’homme s’approcha. Julie sentit qu’il était plus grand qu’elle. Une aura de méchanceté émanait de lui. Prenant peur, Julie recula.

L’homme s’approcha et tendit le bras vers elle. Il n’était qu’à quelques mètres d’elle. « Non, allez-vous en ! » cria Julie. Un mouvement dans l’air lui fit comprendre qu’il s’approchait d’elle. La peur l’agrippa à la gorge. Elle cria et se mit à courir. Elle ne se préoccupa pas de se cogner ou de trébucher. Julie n’avait pas de canne ou de chien pour la guider. Deux ans auparavant, elle avait clairement décidé qu’elle n’en avait pas besoin. Elle n’était pas handicapée après tout. Elle ne pouvait pas voir mais elle pouvait se déplacer et faire tout ce qu’elle voulait. Ses autres sens plus développés masquaient cette lacune. Elle ne voyait pas les choses mais elle pouvait les imaginer.

Mais aujourd’hui elle aurait bien voulu avoir une aide quelconque. Avec une canne, elle aurait pu résister, essayer de faire face à son agresseur. Un chien aurait pu la défendre. Elle regretta d’avoir été si fière. Julie sut aux pas qu’elle entendit que l’homme la suivait. Elle accéléra le pas. « Ne te fatigue pas, petite. Je t’aurai. » Julie se sentit humiliée. Elle n’était pas petite. Elle avait vingt-et-un ans. Elle n’était plus une gamine. Elle s’arrêta de courir. Elle avait l’impression d’agir comme une gosse apeurée en s’enfuyant ainsi. Elle sentit le vent souffler autour d’elle. Elle ferma les yeux et essaya de chasser l’angoisse qui l’étreignait. Elle hésita à se retourner.

Julie frémit et sentit son pouls battre à cent à l’heure. L’homme s’était arrêté pas loin d’elle. Une douleur violente l’assaillit soudain. L’homme lui tirait les cheveux. Un cri sortit de sa gorge. Elle sentit une autre douleur au flanc droit. Il venait de la frapper. Une grêle de coups s’abattit sur elle. Une grande souffrance traversa tout son corps, telle une décharge électrique. « Arrêtez ! Arrêtez ! » supplia-t-elle. Un coup violent lui coupa la respiration. Julie sentit qu’elle perdit l’équilibre. Une douleur aux genoux lui fit comprendre qu’elle avait heurté le pavé. Julie tâta le sol cherchant quelque arme pour se protéger. Sa main entra en contact avec un objet. C’était rond et lisse : un caillou. N’hésitant pas une seconde, Julie se retourna et le lança. Un coup de chance. Le caillou toucha l’home au menton. « Salope », cracha-t-il. Julie se releva et s’éloigna aussi vite qu’elle le pouvait. Une sensation fulgurante traversa son mollet gauche. Elle s’était blessée ! Elle y porta sa main et sentit un liquide poisseux dégouliner. Du sang ! Son propre sang. Clopinant, elle tenta d’échapper à son agresseur. Elle retint les gémissements qui montaient à ses lèvres. Julie entendit des voix sur sa gauche. Son coeur tambourina. Des frissons coururent dans tout son corps.

Reprenant sa course, elle se dirigea vers les voix qu’elle entendait. « AU SECOURS ! » appela-t-elle. « À L’AIDE ! AIDEZ-MOI ! » Mais les voix s’éloignèrent. « NON ! NE PARTEZ PAS ! REVENEZ ! REVENEZ !». Soudain Julie eut l’impression d’étouffer. Elle se sentit enserrer à la taille et immobilisée. « Je te tiens, sale garce », murmura une voix à son oreille. Il planta un objet dans son dos : un revolver… Ça y était. Il venait de l’attraper. Julie crut que son coeur s’arrêta de battre. Des larmes emplirent ses yeux morts et coulèrent sur ses joues. C’était fini. Quelque part au loin, elle entendit les rires d’un enfant. Elle rêva sans doute.

Soudain Julie entendit une voix autoritaire crier : « Police ! Lâchez cette fille immédiatement ! ». C’était une femme. Elle devait brandir une arme car l’homme sembla hésiter. La police ! Julie respira. Elle était sauvée. Mais l’homme se ressaisit. Il resserra son étreinte. « Vous n’oserez pas tirer sur elle », menaça-t-il. Mais il se trompa. Julie entendit un bruit et comprit que la femme venait de tirer. Elle fit mouche. Un bruit sourd résonna. Julie resta figée. L’homme cria et tomba par terre dans un grand fracas. Puis le silence s’installa.

Julie leva la tête. Une main se posa sur son épaule. « Ça va ? » demanda une voix féminine. « Vous n’avez plus rien à craindre, maintenant. » Julie se retourna. Elle aurait voulu voir le visage de son sauveur. Cela la frustra. La femme sourit. « Je l’ai mis hors d’état de nuire. » Julie lui rendit son sourire. « Merci, vous m’avez sauvé la vie. » La femme haussa les épaules. Julie devina qu’elle avait affaire à une personne à fort caractère. Cela lui plut.

Julie se sentait bouleversé par ce qu’elle venait de vivre et elle avait besoin de soutien. La femme passa un bras autour de ses épaules pour la réconforter. « Vous êtes vraiment de la police ? » demanda Julie. L’autre hocha la tête. « Inspecteur Sophie Davis. Pour vous servir. » Julie se sentit intimidée. Un inspecteur de police, pensez donc ! « Je m’appelle Julie Duclan. » Elle tendit la main. L’inspecteur la prit et la serra dans la sienne. « Venez, je vais vous ramener chez vous. Appuyez-vous sur moi. Je vais vous aider à marcher. » Julie hocha la tête. Sophie et Julie partirent ensemble à travers les rues. Julie fut soudain heureuse. Elle avait enfin trouvé une amie.

Florence Garel

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