Theme standard avec habillage graphique Thème malvoyant contrasté noir sur fond blanc Thème malvoyant contrasté blanc sur fond noir

L'INFORMATION, sous-menu :

Logiciels libres

L'accessibilité par les logiciels libres : le choix exemplaire de la Région Poitou-Charente et de l'IUT de La Rochelle

Les efforts en matière d'accessibilité.

Au niveau des institutions, il semble que cette année 2009 soit celle une volonté accrue de mieux prendre en compte l'accessibilité, et les bonnes volontés se suivent par des actes. C'est le cas, par exemple, dans le domaine des postes publics d'accès à l'informatique et à l'Internet (cyber locaux, administration en ligne...).

Du côté du Poitou-Charentes, on lie cette volonté à celle de développer une alternative à l'informatique traditionnelle par l'usage des logiciels libres.

Logiciels libres ?

Les logiciels libres se distinguent par leur contrat de licence, qui autorise l'utilisateur à copier et distribuer le logiciel à volonté, ouvrir le code source pour l'étudier et le modifier selon ses propres besoins. En contrepartie, s'il redistribue le logiciel avec ses propres modifications, l'utilisateur doit indiquer le nom de l'auteur d'origine et respecter la licence libre, ce qui évite à l'auteur original de voir son invention "volée" par un auteur secondaire, qui s'approprierait les droits d'exclusivité commerciale sur un produit dont il n'aurait pas la paternité.

Ainsi, contrairement à ce qu'on pense, le logiciel libre protège bel et bien les intentions de son auteur.

Logo OpenOffice

De plus, cette forme de distribution amène le plus souvent à une gratuité de fait. En effet, l'utilisateur peut redistribuer le logiciel en se faisant payer. Mais on voit mal qui paierait pour un produit qu'on peut trouver gratuitement ailleurs, si bien qu'en général, les logiciels libres sont soit gratuits, soit payants avec un service ajouté (soit une hot line, soit une installation "clé en mains", soit un support de formation, etc.), en tous les cas ils sont nettement moins coûteux que les logiciels commerciaux habituels (on dit « logiciels propriétaires ou privateurs », par opposition aux logiciels libres).

Les logiciels libres sont de plus en plus utilisés dans le grand public. Le lecteur multimedia VLC, la suite bureautique OpenOffice, le navigateur Internet Firefox ... sont devenus des standards, de même que, dans le milieu professionnel, les serveur Apache ou la base de données MySQL, pour n'en citer que quelques uns. Il existe des logiciels libres pour tous les usages, et pour tous les systèmes d'exploitation, Ms Windows et Mac Intosh, bien sûr, et surtout Linux, le système d'exploitation libre proprement dit. Les logiciels libres équipent de plus en plus l'informatique dite "embarquée", soit les petits logiciels que l'on trouve sur le téléphone portable, le GPS ou l'équipement électronique automobile ou ménager (ordinateur de bord, frigos et micro-ondes programmables ...). En fait, l'industrie informatique s'habitue peu à peu à ce concept qui avait été considéré au départ comme le fruit d'inventeurs dangereusement idéalistes. L'industriel comprend tout doucement que le fait de libérer les codes sources lui permet de sérieuses économies sur les frais de recherche et développement, puisqu'il autorise des organismes extérieurs à l'entreprise de contribuer à l'écriture et à l'amélioration du code source. Le projet, ainsi, coûte moins à l'entreprise tout en laissant la porte ouverte à une plus grande participation extérieur. Tout le monde est gagnant : l'inventeur met moins de moyens personnels sur son invention, l'utilisateur reçoit (souvent gratuitement) un produit qu'il peut améliorer, et l'inventeur récupère en retour son produit avec des améliorations multiples, qu'il n'aurait pas eu les moyens de développer lui-même. Au total, pour un même logiciel, cela représente plus de moyens mis en œuvre pour un coût nettement réduit.

Libres et accessibles ?

Quant à l'accessibilité des logiciels libres, elle est affaire de pression des utilisateurs eux-mêmes. Il est compréhensible que les fabricants de logiciels propriétaires n'aient pas favorisé, au départ, l'accessibilité des logiciels libres. Par exemple, le partenariat entre Freedom Scientific (Jaws) et Microsoft (Word, Outlook...) a privilégié les relations entre ces produits. Rendre OpenOffice accessible, par contre, ne fut encouragé ni par Microsoft, dans le cadre du partenariat avec Freedom (actions de lobbying, probablement), ni par Freedom, de crainte de fâcher son grand partenaire commercial Microsoft.

Logo VLC

Mais, par les efforts et les demandes des utilisateurs aveugles et malvoyants, Freedom Scientific se voit contraint peu à peu à faire parler JAWS sur OpenOffice aussi bien que sur Microsoft Word ou Outlook et cie.

Il y a cependant encore du chemin. Heureusement, le monde des logiciels libres a des ressources.

Depuis 2007 est apparut en France NVDA, un nouveau lecteur d'écran, distribué gratuitement sous licence libre. NVDA, de conception australienne, est bien francisé par une petite équipe Française, et se développe à grande vitesse puisqu'il est aujourd'hui capable de lire toute l'informatique Microsoft et quelques autres logiciels, libres ou propriétaires. Le libre développe aussi des loupes (travail actuellement incomplet), et a rendu Linux parfaitement accessible avec un outil complet, Orca, qui sert d'agrandisseur et améliore le pointeur et les couleurs de l'affichage, et sert également de lecteur d'écran, en vocal et en braille.

Et pourtant, en France, malgré l'économie importante que représenterait un usage général de ces produits, ils restent encore sous utilisés, le plus souvent par méconnaissance du public et des institutions.

Les initiatives de la Région Poitou-Charentes et de l'IUT de La Rochelle.

C'est pourquoi les initiatives de la Région Poitou-Charentes et de l'IUT de La Rochelle sont à féliciter.

Tous deux étudient en ce moment une mise à niveau de leur parc informatique en privilégiant, si possible, l'usage des logiciels libres, et en veillant particulièrement à l'accessibilité d'un quota important des postes rendus publics.

Logo Firefox

Du côté de l'IUT, il s'agit d'équiper une nouvelle structure d'enseignement, appelée "informatique d'usage". Ce nouveau pôle d'enseignement vise à former l'ensemble des étudiants de toutes les facultés à l'usage efficace de l'outil informatique. Comme d'autres hautes écoles, l'IUT offre à ses étudiants des facilités pour s'équiper d'un ordinateur portable durant leurs études. Pour réduire les coûts, ces ordinateurs possèdent de préférence des logiciels libres, dont la fameuse suite bureautique OpenOffice. Les facultés possèdent toutes des bornes WIFI plus de nombreuses connexions câblées, notamment à la bibliothèque universitaire et dans les logements d'étudiants.

Le nouveau pôle "informatique d'usage" forme désormais les étudiants de l'IUT à un usage efficace des différents outils qui équipent leur PC. Traitement de texte, tableur, base de données, écriture pour Internet, présentation forment la matière des trois modules de formations. Celle-ci prépare en même temps au passage du "C2I" (le certificat informatique et Internet), le tout pour un total de 45 heures de travaux pratiques.

Profitant d'un prochain renouvellement du parc informatique, le pôle "informatique d'usage" souhaite équiper 2 postes de manière à les rendre entièrement accessibles à tout type de handicap. Avec l'aide de l'association IAAMV (informatique accessible aux aveugles et mal voyants), ils envisagent d'équiper ces postes de logiciels tels que NVDA ou Orca pour la lecture vocale ou braille, et de systèmes d'agrandissement. Il reste à décider du système d'exploitation. Ce qui est sûr, c'est que le PC sera équipé essentiellement de logiciels libres. L'IUT de La Rochelle serait ainsi la première au monde à utiliser uniquement des logiciels libres, même pour ses étudiants présentant un handicap.

Du côté de la Région, il est question de renouveler l'ensemble de ce qui constitue le parc actuel de cyber locaux.

Les plus grandes communautés urbaines de la Région (Poitiers, Angoulême, Chatellerault, La Rochelles, Saintes, Rochefort...) sont équipées depuis quelques années, et le parc actuel, ici aussi, est à renouveler. La Région souhaite, en plus, équiper les entités rurales qui restent à la traîne de la révolution de l'Internet. La Région veut en profiter également pour équiper un maximum de mairies de points d'accès publics à l'administration en ligne, soit un effort régional d'environ 400 nouveaux postes informatiques. Tous ces équipements nouveaux s'adressant à tous les citoyens, il est nécessaire d'en équiper un minimum à un maximum d'accessibilité. Ici aussi, la Région a demandé son avis à l'association IAAMV en matière d'accessibilité par les logiciels libres.

Liberté technique et réduction des coûts.

Que ce soit pour l'IUT ou pour la Région, le principe est le même : d'une part économiser un maximum de financement sur les licences logicielles, d'autre part gagner plus de liberté en matière d'aménagement personnalisé et de paramétrages de ces logiciels entre eux. L'économie et la liberté d'action et de décision sont facile à comprendre : 0€ pour l'achat des logiciels, 0€ pour les futures mises à jour, maintenance et formation facilement prises en charge par les services internes de l'IUT ou de la Région, mutualisation régionale, s'ils le souhaitent, des efforts internes de maintenance et de formation et, si possible, de contribution au développement. Imaginons le coût pour l'achat et les mises à jour de plusieurs dizaines de logiciels de type JAWS ou ZoomText, si excellents soient-ils, et de leur maintenance et formation, toujours assez délicate.

L'IUT comme la Région ont déjà l'expérience de l'usage d'outils informatiques libres. Il faut croire qu'ils en ont entière satisfaction puisqu'ils acceptent de poursuivre l'expérience en utilisant aussi des logiciels libres pour améliorer l'accessibilité.

Jean GILISSEN

Retour haut de page Page suivante