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Le Magazine des Professionnels N°1

Sommaire

PRESENTATION UNADEV

(missions, historique...)

REPORTAGE

La construction d’un Doris par un groupe de non et malvoyants.

FICHE MALADIE

Qu’est-ce que la malvoyance ?

PORTRAITS
JURIDIQUE

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.


Présentation de l’UNADEV

Fondée le 16 novembre 1929 par Jules Fourcade, poète déficient visuel à Bordeaux, l’Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels (UNADEV) a longtemps été connue sous le nom de l’Union des Aveugles. Cette association de bienfaisance, composée de membres actifs non-voyants et malvoyants, comprend à ce jour plus de 1000 adhérents en France. C’est donc dans tout le pays que l’UNADEV entreprend ses missions, tout en véhiculant des valeurs de partage, de solidarité, d’indépendance et d’humanisme.

Des missions au service de tous

Pour l’UNADEV, chaque jour est un défi : elle doit avant tout apporter une aide quotidienne (physique et morale) aux non-voyants et malvoyants. Il s’agit d’un processus d’intégration, permettant aux adhérents de bénéficier, de la même manière que les voyants, de l’amélioration des conditions de vie due au développement économique et social. Pour ce faire, l’association met en place un accompagnement social par le biais de différents services tels que : le service Auxiliaire de vie, le service sport ou encore le service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS)... Chaque service a pour but de favoriser l’intégration sociale et professionnelle des adhérents, tout en leur proposant des activités.

L’UNADEV : plus qu’une équipe, une famille

Au siège social de l’UNADEV, on trouve de nombreux services qui ont tous pour objectif majeur : accompagner les adhérents dans leur vie quotidienne et professionnelle afin qu’ils acquièrent une réelle autonomie. Chaque service est voué à contribuer à leur bien-être, et un véritable travail d’équipe est mis en place pour les satisfaire.

Le service Auxiliaire de Vie permet d’accompagner quotidiennement les déficients visuels en les aidant à faire leurs courses, les démarches administratives... Il s’agit de favoriser l’intégration de l’adhérent en lui proposant une aide pour tous ces petits gestes au quotidien rendus si difficiles par l’absence de la vision. Avec l’aide de son réseau local composé de 25 professionnels, l’UNADEV finance à ce titre plus de 25 000 heures / an d’aide à domicile.

Le service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) se mobilise pour permettre aux adhérents d’acquérir une autonomie dans la concrétisation de projets de vie. L’objectif est double pour les professionnels puisqu’ils doivent renforcer le lien familial, social ou professionnel et l’autonomie, tout en facilitant l’accès à l’ensemble des services offerts à la collectivité.

L’accès à la culture et aux loisirs est une préoccupation majeure de l’association. C’est pourquoi un service dédié propose aux adhérents des activités et ateliers : théâtre, peinture, lecture, poterie... ainsi que des cours de danse, de yoga et d’aquagym afin que les bénéficières s’incèrent dans une dynamique sociale globale. Les adhérents ont également la possibilité de partir en voyage découverte car le service organise des sorties à thèmes.

Pour finir, un service sport a été mis en place pour répondre aux souhaits d’adhérents désirant pratiquer des disciplines comme le judo, le tor-ball, l’athlétisme, le tandem, le tir à l’arc, le cécifoot ou la voile, à différents niveaux (loisir, compétition, individuel ou collectif), disciplines adaptées aux déficients visuels. Tout cela bien entendu sous la responsabilité et l’encadrement d’une équipe d’intervenants compétents et diplômés.

L’UNADEV, un engagement à long terme !

Depuis 80 ans, l’UNADEV a évolué et s’est investie dans de nombreux projets. Elle a notamment créé une école de chiens guides à Mérignac (33) qui chaque année remet gratuitement 25 chiens à des personnes déficientes visuelles. C’est seulement en 2007 que l’école acquiert son autonomie et devient une association indépendante d’assistance et de bienfaisance.

L’UNADEV a également créé en 2007 le premier centre de soins et de dépistage ophtalmologique. Ce centre, en partenariat avec la Mission France Médecins du Monde, accueille gratuitement toute personne déficiente visuelle en situation de précarité et l’oriente vers des professionnels compétents. L’association s’est aussi engagée dans la recherche biologique et médicale et finance à l’heure actuelle plusieurs programmes de recherche en France, dont deux basés à Bordeaux (Université de Bordeaux 2 et le Centre National de Référence pour la Kératocône).

Enfin, pour les plus âgés, une maison de retraite a été créée à Vayres (33). Entièrement médicalisée et dédiée aux déficients visuels de la France entière, elle reçoit 83 résidents. Un projet d’extension est en cours afin d’ouvrir un pavillon particulier aux personnes déficientes visuelles atteintes de la maladie d’Alzheimer.


Reportage : la Liberta

Construire un doris ou la construction de soi

En 2009, des adhérents encadrés par les éducateurs de l’UNADEV se sont réunis sur un chantier naval traditionnel dans le but de construire une embarcation en bois à fond plat : un Doris. Cinq mètres de bois plus tard, c’est une expérience alliant technique et humanité qui vogue sur les flots de la liberté.

L´équipe de la Liberta au complet

L’UNADEV a pour vocation notamment d’insérer ses adhérents dans un milieu ordinaire. Surmonter le handicap ne se fait pas seulement à l’aide de techniques comme une canne blanche, un chien guide ou l’intervention d’une aide à domicile. Pour guider un aveugle ou un déficient visuel vers l’intégration sociale, il faut mettre en place des actions grâce auxquelles l’adhérent se retrouve en tant qu’individu à part entière. Un projet de vie, c’est aussi se donner les moyens d’appréhender la vie comme tout être humain. C’est un travail moral centré sur la personne qui permet sa socialisation. L’accompagnement vers la citoyenneté se fait à l’aide d’une prise d’autonomie. Des projets concrets permettent aux adhérents d’affirmer leur identité pour s’insérer dans la société. Cela passe par le sport, le travail, ou apprendre à gérer son budget. Autant de gestes de la vie quotidienne qu’il faut avoir la volonté d’effectuer. Le contact avec le monde extérieur confronte à la civilité et au respect. C’est grâce au dépassement de soi que l’on parvient à se considérer comme une personne. Redécouvrir des notions de la vie à travers des activités est un levier d’accompagnement à l’appropriation de soi.

Un projet de vie, c’est aussi se donner les moyens d’appréhender la vie comme tout être humain.

L’avant-projet

Les acteurs professionnels de l’UNADEV s’emploient à mettre en œuvre des projets et des activités quotidiennes pour que les adhérents soient acteurs de leur vie. Au-delà de la notion de plaisir, il faut proposer des loisirs qui permettent un certain apprentissage de la vie, une insertion sociale par le lien avec les autres.

Le projet du bateau Doris est né d’une évolution et d’une réflexion autour du travail manuel. Au départ, c’est le projet de construction d’un bar qui fut proposé. Les adhérents construiraient leur propre bar dans les locaux de l’association, un lieu ludique et social dont ils pourraient ensuite profiter. L’idée était de créer un lieu convivial de mixité entre les adhérents et les salariés de l’UNADEV. Pour Pierre Duvinage, éducateur spécialisé et amateur de bricolage, cela consistait à travailler le bois avec un groupe d’adhérents. Il a ainsi choisi quelques personnes qu’il connaissait bien et savait capables de s’investir pour effectuer une telle construction. Pendant sept semaines, à raison de onze heures par jour, les adhérents, accompagnés de Pierre, ont travaillé dur pour finir ce bar.

Du point de vue des adhérents, cette construction représentait un projet de vie à court terme qui leur donnait une motivation particulière : « Ils rentraient chez eux en sachant pourquoi ils étaient fatigués et en retiraient même une certaine fierté », nous dit Pierre. Il a fallu, tout au long du projet, réfléchir sans cesse à la façon d’adapter le travail au handicap. « Bien entendu, on ne peut pas leur demander de faire tout, mais le handicap reste à l’entrée du chantier et ils sont jugés sur leur investissement et le travail rendu uniquement, et non sur leurs capacités. » Ce qui intéresse Pierre, c’est l’individu : pour lui, il s’agit surtout d’un travail moral. Pour l’UNADEV, ce projet a aussi un but d’ouverture : créer de nouveaux secteurs, de nouveaux champs d’action et ainsi favoriser la démocratisation et l’accès à tout type d’activité pour l’adhérent. La construction de ce bar fut une première réussite et représenta en quelque sorte les prémices du projet Doris. Dans le cas de ces deux projets, il faut bien comprendre que l’objet à construire est un prétexte. Le but du chantier est de créer une intégration en milieu ordinaire et du lien social.

Un nouveau challenge
Les membres de l’équipe Tramasset ont dû adapter leurs méthodes de travail au handicap visuel de nos adhérents

La Liberta, c’est un projet de neuf mois, à raison de deux jours de travail par semaine, qui a été mené grâce au soutien de l’association « Les Chantiers Tramasset » et aux éducateurs de l’UNADEV. L’association consacra au projet un budget de 18 000 euros. Après l’expérience du bar, un nouveau challenge devient le prétexte d’une intégration dans le milieu ordinaire et permet aux adhérents de l’UNADEV d’effectuer un nouveau travail manuel. « Le but était que tout le monde touche à tout », expose Pierre Duvinage, en charge du projet. « L’idée est d’accompagner les personnes pour qu’elles acquièrent la capacité de s’organiser, de se gérer au quotidien. Il faut pour cela mettre en place une logique d’action et il y a un véritable bénéfice à retirer pour l’adhérent. » Ce chantier a donc démarré avec pour objectif de redonner confiance aux participants, de les faire évoluer, le tout avec pour maître mot le « vivre ensemble ».

Pour lancer la machine...

Le plus dur est de démarcher des secteurs qui ne sont pas très accessibles aux déficients visuels. Une fois cette barrière de préconçus dépassée, il faut réfléchir à la façon d’organiser le travail. Pierre a choisi son équipe en se fondant sur l’expérience du bar. « Ce projet nécessitait une bonne connaissance des personnalités de chacun », confirme l’éducateur. Pour accompagner l’ensemble du groupe, Philippe et Jacques, deux membres encadrants de l’UNADEV, se sont joints à l’aventure. Tout a commencé par deux journées, en juin 2008, de repérage des lieux pour le groupe. Ils ont ainsi découvert le chantier d’un bateau identique à celui qu’ils s’apprêtaient à construire. Cela fut l’occasion pour tous d’avoir un aperçu du travail qu’il y avait à effectuer, et de commencer à réfléchir aux adaptations nécessaires. Selon Pierre, « tout ne peut être changé mais, en essayant, une bonne partie des choses peut évoluer. Il a été question de beaucoup de repérages pour adapter le travail ». Les deux charpentiers professionnels qui encadraient le groupe ont travaillé de la même façon qu’avec les groupes qu’ils ont l’habitude d’épauler. Pour les adhérents, il s’agissait seulement d’avoir des outils appropriés comme le mètre braille, une loupe, des crayons gras et de couleurs ou encore du scotch ! Chaque adhérent participait à hauteur de 5 € par jour et, encadré par Pierre, Philippe, Jacques, Guillaume et Cindy, le processus était enclenché.

Le projet...

Avant toute chose, « il faut considérer les adhérents comme une équipe de personnes, certes avec une déficience visuelle, mais qui sont avant tout des personnes », précise Pierre. Il insiste sur le fait que « les considérer par rapport à leur handicap, c’est les cloisonner ». Il s’agit de créer une dynamique et de juger le travail d’une personne à travers sa qualité et non à travers son handicap. De cette manière on peut démarrer un mouvement vers une autonomie de vie qui n’est pas liée à la mobilité mais à l’initiative et à la volonté. La bonne accroche sur le travail manuel du bois a permis aux adhérents de bien s’immiscer dans le projet, leur projet. C’est un moyen pour eux d’avoir un rôle et de se réaffirmer en tant qu’individu. Cela passe par des démarches comme sortir de chez soi, respecter un contrat de travail, et avoir envie d’aboutir à quelque chose. Pour les adhérents, entamer ce projet de construction du bateau, c’était se construire soi-même.

« Il faut considérer les adhérents comme une équipe de personnes, certes avec une déficience visuelle, mais qui sont avant tout des personnes », précise Pierre.

Le quotidien

Jour après jour, il s’agissait pour les adhérents d’appréhender leur corps, les machines et les matériaux. Toucher les planches de bois brut, explorer les outils, faire connaissance avec les machines... Il est difficile pour un aveugle de naissance de se représenter les instruments et de mesurer leur danger potentiel ; c’est donc aux animateurs d’être vigilants, d’expliquer le fonctionnement des choses, de sensibiliser aux risques. Outre les règles de sécurité, il faut que les éducateurs imposent une discipline et que les adhérents comprennent que le handicap n’est pas une excuse derrière laquelle se réfugier. Pour Pierre et les autres, « la cécité ne pardonne pas le manque de respect ». Pour maintenir une bonne ambiance de travail au sein de l’équipe, comme partout, la décence est de rigueur !

Bilan du projet et perspectives

Humainement, il est difficile de voir des retombées directes. Pour certains adhérents, cela peut concerner l’insertion professionnelle, par exemple, mais on ne peut voir les résultats que sur le long terme. Par là-même, l’UNADEV se veut être un tremplin et non un lieu de finalité.

La mise à l´eau de la Liberta

La construction du bateau a abouti. Une manifestation a eu lieu lors de son baptême sur les eaux. Cette expérience a permis d’aborder un nouveau mode de pensée puisqu’elle est modélisable de diverses façons. Dans une dynamique d’insertion et de remobilisation, ce prétexte des outils a fait ses preuves et a démontré aux acteurs de l’association que c’était possible et applicable à différents niveaux. « Même si en tant que travailleur social, on s’accapare plus ou moins la réussite ou l’échec d’un tel projet, on n’est responsable ni de l’un ni de l’autre. » Pour Pierre, ce fut une expérience humaine avant tout. Aujourd’hui, si Pierre a un souhait, c’est que ce type de projet puisse s’étendre dans toute la France.

L’UNADEV se veut être un tremplin et non un lieu de finalité.

Interview d’un adhérent :

Adhérent à l’UNADEV depuis cinq ans, Patrick, malvoyant de naissance, est devenu non-voyant suite à un accident. À l’école d’Ambarès jusqu’à l’âge de 21 ans, il a déménagé dans le Lot-et-Garonne avant de venir à Bordeaux. C’est grâce à Maïté, l’éducatrice spécialisée de l’UNADEV, qu’il a connu l’association. Avec Pierre et les autres, Patrick s’est lancé le pari fou de mener à bien la construction d’un bateau de type Doris. Il nous raconte son aventure.

Avant l’expérience du bar que lui a proposée Pierre, Patrick n’avait jamais bricolé. Cette construction a mobilisé son intérêt et, depuis, il s’est même essayé à fabriquer lui-même un meuble pour son intérieur.

Pour se lancer dans le projet Doris, il lui a fallu dépasser son appréhension. La difficulté, pour une personne atteinte de handicap visuel, est de parvenir à se représenter les lieux et les objets. Patrick nous explique que « le plus difficile a été de visualiser le plan : il faut pouvoir se représenter les pièces et retenir non seulement leur nom, mais aussi leur forme ». Pour franchir les obstacles, il faut garder en tête l’objectif et ne pas le perdre de vue, ce qui nécessite courage et force de caractère. « On doit se donner les moyens de réussir afin de franchir les barrières posées par notre handicap », dit Patrick. « Au début, c’est vraiment parti d’un délire », confie-t-il. Et finalement, c’est une sorte de rêve qui est devenu réalité pour tous les acteurs du projet.

Tout au long du projet, les adhérents ont travaillé en binôme, il leur fallait donc s’adapter les uns aux autres. Patrick, quant à lui, a parfois été en équipe avec des personnes avec lesquelles il ne s’entendait pas au sein de l’association, mais les relations étaient différentes sur le chantier et permettaient même d’apprendre à se connaître. « On avait des préjugés les uns par rapport aux autres, qui se sont dissipés au fur et à mesure de la collaboration », avoue Patrick.

Au-delà de l’expérience humaine, le jeune homme a aussi réussi à maîtriser sa peur de l’eau lorsqu’il a participé au baptême du bateau et à la descente de Navigaronne. L’équipe d’encadrement avait au préalable préparé l’évènement en faisant suivre un stage de natation à toute l’équipe pour monter à bord du Doris. Ce surpassement est un exemple de ce qu’a pu déclencher cette expérience pour certains des adhérents.

Après cette expérience, Patrick a participé au salon nautique international Le Grand Pavois, à La Rochelle, pour présenter le bateau. « Notre bateau était celui qui se voyait le plus, même si c’était le plus petit. Il a attiré beaucoup d’attention. » Patrick se réjouissait de pouvoir expliquer aux visiteurs comment le projet avait vu le jour et s’était réalisé. De nature plutôt timide, notre bricoleur se sentait de plus en plus à l’aise et osait même interpeller les gens avec humour. « L’association a été un tremplin pour devenir de plus en plus autonome, vivre ma vie, prendre mon envol. »


Fiche maladie : la malvoyance

Depuis plusieurs années, la déficience visuelle constitue un problème majeur dans l’ensemble des pays industrialisés. Cette maladie qui se manifeste par une cécité plus ou moins importante touche chaque année un nombre croissant de personnes. Même si la plupart des personnes atteintes de déficience visuelle approchent la soixantaine, il n’en reste pas moins qu’elle affecte toute la population. Cécité ou malvoyance, la déficience visuelle se manifeste sous différents aspects.

Qu’est-ce que la malvoyance ?

La malvoyance est un terme qui reste encore difficile à définir. On prendra donc en compte la définition de l’Union Européenne des Aveugles, établie à Athènes, en novembre 2003, qui définit une personne malvoyante comme « une personne dont la déficience visuelle entraîne une incapacité dans l’exécution d’une ou plusieurs des activités suivantes :

Il est à noter que l’on parle plus souvent de personnes atteintes de cécité que de personnes malvoyantes.

Exemple de vision réduite dans le cas d´un glaucome
Comment la cécité se manifeste-t-elle ?

La cécité peut être détectée chez un individu lambda à n’importe quel moment de sa vie. Cependant, elle risque d’apparaître plus fréquemment chez les diabétiques, les personnes atteintes du glaucome ou d’une rétinite pigmentaire ou encore chez les individus subissant une dégénérescence maculaire liée à l’âge. Il est à noter qu’on parle plus facilement d’une personne atteinte de cécité ou d’un non-voyant que d’un(e) aveugle. Connoté péjorativement, ce dernier terme a tendance à englober l’ensemble de la personne alors que seule la vue est affectée. Il faut savoir que deux personnes ayant la même acuité visuelle, les mêmes champs visuels ou les mêmes performances optiques peuvent avoir des comportements très différents : l’une peut utiliser au maximum ses possibilités et l’autre les sous-utiliser. On parle alors de vision fonctionnelle.

Les chiffres clés de 2005 selon l’INSEE

Environ 1 700 000 personnes seraient déficientes visuelles.

207 000 personnes soit 12 % des déficients visuels seraient aveugles ou malvoyants profonds (c'est-à-dire aveugles ou ayant une vision résiduelle limitée à la distinction des silhouettes)

932 000 personnes soit 55 % des déficients visuels seraient malvoyants moyens avec une incapacité sévère en vision de loin ou en vision de près.

560 000 personnes soit 33 % des déficients visuels seraient malvoyants légers.


Portrait : Profession A.V.S. (Auxiliaire de Vie Sociale)

Cécile Lacoste, auxiliaire de vie sociale à l´UNADEV

Cécile Lacoste, 37 ans, est Auxiliaire de Vie Sociale auprès de personnes handicapées visuelles. Nous l’avons interrogée sur sa pratique professionnelle afin d’en savoir plus sur l’un des dispositifs essentiels d’aide à la personne permettant notamment le maintien à domicile. L’occasion de prendre conscience d’un phénomène urgent : le vieillissement de la population, qui, combiné au handicap visuel, pose le problème de la prise en charge, tant humaine que financière.

Cécile, pourquoi avoir fait ce choix de métier ?

Il faut revenir sur mon passé. J’ai toujours voulu m’occuper des autres. J’ai commencé par une formation en esthétique mais j’ai ensuite travaillé pendant quinze ans dans le commerce. J’avais la responsabilité d’un magasin et le contact avec les clients était pour moi très important.

Quand j’étais plus jeune, j’ai eu l’exemple de mes grands-parents qui étaient handicapés. Il était difficile de trouver quelqu’un pour les accompagner dans la vie courante. C’est certainement un des éléments qui m’a motivée pour exercer mon métier actuel.

Un jour, j’ai décidé de changer d’orientation et je me suis engagée dans une formation d’auxiliaire de vie sociale à l’INFA à Bordeaux. Faire ce métier impliquait l’acquisition de compétences nouvelles, car la simple bonne volonté ne suffit pas. Je suis d’un naturel très sensible et j’avais peur de perdre mon esprit critique. Il faut pouvoir rester objectif dans l’évaluation des besoins de la personne que l’on accompagne. Il y a aussi une obligation de diplôme pour exercer.

Parlez-nous un peu des missions que vous assurez.

Les missions sont multiples. Tout commence par l’écoute. Nos adhérents sont souvent des personnes âgées, un peu isolées, non-voyantes ou malvoyantes, et notre présence est un véritable soutien moral. Avant tout, il y a « échange ». La personne nous parle, se confie, nous fait part de ses souhaits, de ses inquiétudes et de ses envies.

Ensuite il faut comprendre que nous devons stimuler la personne afin qu’elle reste autonome, qu’elle soit « acteur » de sa propre vie. C’est ce qui nous différencie de l’aide ménagère. Nous aidons la personne à réapprendre les gestes quotidiens. Nous essayons de ne pas faire à sa place dans la mesure du possible. Prenons le cas des courses. C’est l’occasion de faire travailler la mémoire, pour vérifier ce qui reste dans le réfrigérateur, pour préparer les prochains menus, et donc la liste des commissions. Évidemment, je vérifie les dates de péremption sur les emballages. Ensuite, il y a ceux que j’accompagne dans les magasins. Je les aide à repérer les produits, à lire les étiquettes, j’indique la place de la signature sur le chèque et je les incite à parler à la caissière. D’autres préfèrent garder le peu de mobilité qui leur reste pour des promenades avec moi. Dans ce cas, je m’occupe de leurs courses. C’est la même chose pour le ménage : il vaut mieux aider à faire un lit que le faire à la place de la personne. Notre aide vise surtout à compenser le handicap.

Vous occupez-vous des papiers administratifs des adhérents ?

Je m’occupe du courrier, personnel et administratif, de la banque, du règlement des factures... Vous imaginez la relation de confiance qui doit s’établir entre l’adhérent et l’auxiliaire de vie sociale, car nous rentrons totalement dans leur sphère privée. C’est un des aspects passionnants de ce métier. Nous devons régler des problèmes nouveaux, cela implique une grande ouverture d’esprit et une responsabilité.

Un autre aspect de mon travail se situe dans le domaine du loisir. Promenades, visites diverses, lecture du journal ou de livres, parler, écouter... C’est aussi un coup de main dans le domaine de l’esthétique : choix des vêtements, de la coiffure, du maquillage pour les femmes... Autant d’activités importantes parce que valorisantes. Pouvoir « se faire beau », c’est vraiment nécessaire pour les personnes que j’accompagne.

Combien de temps consacrez-vous en moyenne à une personne ? Et combien cela leur coûte-t-il ?

En moyenne, nous accompagnons les personnes deux à trois fois par semaine à raison de deux à trois heures par jour. C’est variable et cela dépend de la demande. Heureusement, l’UNADEV prend en charge une partie des factures pour ses adhérents sur tout le territoire national. Le volume de l’aide n’est pas déterminé par des critères de ressources mais bien par rapport à un vrai besoin de la personne.

Certains profitent de ma venue pour générer un rituel – avec une adhérente, on fait les courses tous les jeudis. D’autres sont plus souples dans leur demande. Ce qui est important, c’est que la relation soit évolutive. Je dois repérer les progrès réalisés par l’adhérent en termes d’autonomie et j’essaie à chaque séance de trouver des activités qui leur permettent d’évoluer et de s’épanouir.

Quel est votre bilan personnel ?

Au bout de deux ans d’expérience, je suis très satisfaite de pratiquer ce métier d’auxiliaire de vie sociale. Je le conseille aux personnes qui souhaitent « s’occuper des autres ». Dans mon cas, le fait d’avoir travaillé pendant quinze ans dans le secteur du commerce m’a beaucoup aidée car j’avais développé des compétences dans le domaine de l’organisation et des relations humaines. La formation m’a ensuite beaucoup apporté en rigueur et en méthode, car il s’agit d’un vrai métier et non pas d’une activité professionnelle temporaire.

Fiche Métier :

La mission de l’AVS est d’intervenir au domicile et dans l’environnement proche d’une personne pour compenser son état de fragilité ou de dépendance (âge, maladie, handicap, difficultés sociales...). Il s’agit donc de repérer les capacités comme les difficultés de cette dernière afin de mettre en place un accompagnement adapté pour lui procurer le plus d’autonomie possible dans les actes essentiels et les activités quotidiennes.

Objectifs
  • Favoriser le maintien de la personne à domicile
  • Éviter son isolement
  • Préserver ou restaurer son autonomie
  • L’accompagner dans sa vie sociale et relationnelle
Aptitudes
  • Sensibilité aux problèmes humains et sociaux
  • Goût pour les tâches de la vie quotidienne
  • Bonne condition physique
Formation

Les formations qui préparent au Diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS) sont étalées sur un an et peuvent être accessibles en formation par alternance. Il s’agit d’une formation théorique, technique et méthodologique mais aussi pratique puisqu’exercée au domicile des personnes concernées.


Portrait : Maïté FAURE, éducatrice spécialisée

Maité Faure accueille souvent en stage de futurs éducateurs spécialisés, comme Jessica, originaire de Saint-Denis (Ile de la réunion)

Ancienneté à l’UNADEV : depuis l’ouverture du service d’accueil (dont elle est à l’origine) le 1er juin 1988.

Quelle formation avez-vous suivie ?

« Une formation qui aujourd’hui a 40 ans ! Il faut se référer au décret n°2007-899 du 15 mai 2007 relatif au diplôme d’État d’éducateur spécialisé. Il s’agit d’une formation générale avec trois stages à effectuer auprès de différentes populations signalées par des difficultés d’adaptation (troubles de comportement, atteintes physiques ou psychologiques, handicaps sensoriels, moteurs ou mentaux, petite enfance et maltraitance...), et cela dans des milieux fermés ou ouverts. L’éducateur spécialisé a des champs d’intervention très diversifiés en fonction des populations auprès desquelles il exerce, d’où l’importance d’une formation générale et de stages dans de multiples domaines. Au début de ma carrière, je travaillais avec des cas difficiles et caractériels jusqu’à ma rencontre avec un éducateur spécialisé dans le handicap visuel. »

Comment avez-vous découvert l’UNADEV ?

« Je travaille auprès du public déficient visuel depuis maintenant 31 ans. J’ai d’abord travaillé pendant 9 ans dans un établissement spécialisé pour les jeunes (Alfred Peyrelongue, à Ambarès, 33). J’y menais des projets novateurs avec des adolescents et des jeunes adultes. Puis j’ai fait des propositions de projets auprès de plusieurs associations et du Conseil Général entre autres. C’est la mairie de Bordeaux qui m’a offert une réponse positive. J’ai ensuite découvert l’UNADEV qui était à l’époque une petite association et ne s’appelait pas encore ainsi (le changement de nom a eu lieu en 2000). Avec l’appui de la mairie, j’ai exposé mon projet de création d’un espace d’accueil sans aucune connotation médicale. Le projet a vu le jour et, deux ans après, on a créé d’autres services comme celui de l’insertion professionnelle. »

Comment définiriez-vous votre métier?

« C’est avant tout un métier où la relation est primordiale. À l’UNADEV, je suis le réceptacle de beaucoup de données. Il faut de la méthode, de la rigueur et de la mémoire ! Il est très important d’apprendre à dire « non » mais il faut surtout expliquer pourquoi. Je sais être accueillante, mais en restant dans un cadre défini. Je représente parfois une sorte de substitut, d’où l’importance d’apprendre à mettre de la distance. J’ai aussi un gros travail de relationnel avec les familles : il est nécessaire de tout bien expliquer sans pour autant entrer dans l’intimité des personnes. Dans mon travail, il n’y a pas de « faire à la place de » : ce sont aux adhérents d’agir, avec mon concours ; aide, soutien, adaptation, engagement, participation, respect de la personne. Parfois, on observe chez des adhérents une construction qui passe par le refus. Travailler sur ces refus, ces appréhensions permettent aux personnes une réappropriation de leur identité, de retrouver estime et confiance en soi, d’où la notion de respect vis-à-vis de soi et des autres. »

Quelles sont les principales missions d’un éducateur spécialisé ?

« Le premier objectif qui soit : restaurer l’autonomie de la personne. Cela signifie accompagner, organiser, structurer, aider et favoriser son insertion sociale, en relation avec l’éducateur spécialisé. Il s’agit de l’amener vers une relation « à l’autre » et une évolution « vers les autres. »

Quelles sont les spécificités à prendre en compte pour créer des liens sains avec des personnes atteintes de ce handicap ?

« Il faut bien sûr tenir compte du degré de handicap, comme le restant visuel pour certains. Mais il s’agit avant tout d’être naturel, de prendre un peu plus de temps et de s’adresser directement à la personne pour lui montrer qu’elle a de l’importance et que c’est bien elle le sujet ! Le premier mot d’ordre, c’est s’adapter. »

Quels sont les interlocuteurs institutionnels avec qui vous êtes en contact ?

« Nous travaillons en équipe pluridisciplinaire, en relais avec les partenaires sociaux, les Centres Communaux d’Action Sociale et les mairies entre autres. Je côtoie donc des médecins, des psychiatres et psychologues, des orthophonistes et rééducateurs en basse vision en plus des assistants sociaux, d’où la complexité de nos interventions. »

Quelles sont les qualités et les compétences requises pour occuper un poste comme le vôtre ?

« L’exercice de cette profession exige une motivation forte qui permet d’aborder, de comprendre et d’agir dans le vaste champ de la complexité des relations humaines. Il faut faire preuve de déontologie professionnelle, savoir synthétiser les vrais problèmes tout en étant à l’écoute de la personne et de ses collègues. Cela nécessite aussi d’être conscient de ses limites et de savoir se tourner vers quelqu’un d’autre quand on ne sait pas. L’ensemble de ces pré-requis ainsi que l’évolution de la profession, l’obligation de formations spécifiques et de curiosité personnelle, conduisent à une maturité et une cohérence professionnelle. C’est ce qui enrichit l’action de l’éducateur spécialisé auprès des personnes suivies. »


Juridique : réglementation

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

La loi n° 2005-102 du 11 février 2005, promulguée par le gouvernement Raffarin, se compose de 101 articles et donne lieu à la rédaction de plus de 80 textes d’application sur les droits des personnes handicapées.

Les toutes premières lignes de la loi rappellent les droits fondamentaux des personnes handicapées et donnent une définition du handicap :
« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Les principaux axes de cette loi sont les suivants :

Accueil des personnes handicapées

Une Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) est créée dans chaque département sous la direction du Conseil Général. Ces maisons ambitionnent de devenir un « guichet unique » pour toute personne handicapée et sa famille à la recherche d’informations, d’accompagnement et de conseils. Cette simplification des formalités administratives s’appuie sur la volonté de regrouper en un même lieu les acteurs œuvrant dans l’insertion professionnelle et l’aide aux personnes en situation de handicap.

Droit à la compensation

La prestation de compensation prend en compte les besoins et le projet de vie de la personne handicapée. Cela se matérialise par l’établissement d’un plan individuel de compensation.

Elle permet de couvrir les besoins en aides humaines et techniques, l’aménagement du logement, du véhicule, les aides spécifiques et exceptionnelles, et les aides animalières.

Ressources

La loi a aussi instauré deux nouveaux compléments à l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) :

le complément de ressources et la majoration pour la vie autonome.

Il est possible de cumuler l’AAH avec un revenu d’activité en milieu ordinaire.

Scolarité

L’accessibilité à la scolarisation préconisée par la loi érige la possibilité d’inscrire les enfants atteints d’un handicap dans un milieu ordinaire comme un droit immuable. Ils pourront être ensuite accueillis dans un autre établissement, en fonction du projet personnalisé de scolarisation. Pour garantir l’égalité des chances, des aménagements spécifiques sont en outre prévus lors des examens ou des concours.

Emploi

Tout employeur du secteur privé et tout établissement public à caractère industriel et commercial occupant 20 salariés ou plus, doit employer, dans une proportion de 6 % de son effectif, des travailleurs handicapés.

L’employeur peut se libérer de son obligation d’emploi en versant une contribution financière à l’Association pour la Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (Agefiph).

Il peut enfin s’acquitter partiellement de son obligation en accueillant des personnes handicapées dans le cadre d’un stage, en concluant des contrats de sous-traitance, de fournitures ou de prestations de services avec des entreprises adaptées (anciennement « ateliers protégés »), des centres de distribution à domicile ou des établissements et services d’aide par le travail (anciennement « centre d’aide par le travail »).

Accessibilité

Le principe d’accessibilité pour tous, quel que soit le handicap, est réaffirmé. Les critères d’accessibilité et les délais de mise en conformité sont redéfinis.

Ainsi, les établissements existants recevant du public et les transports collectifs ont dix ans pour se mettre en conformité avec la loi. Celle-ci prévoit aussi la mise en accessibilité des établissements communaux et des services de communication au public.

La loi comprend différents autres points comme :

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